Marguerite de Valois (1523-1574)

Liens familiaux

Dernière fille de François Ier de France (1494-1547) et de Claude de France (1499-1524)

Fun facts

Amie et protectrice des poètes du temps de La Pléiade

À la cour de France, Marguerite fréquente un cercle composé de femmes cultivées : sa tante et marraine, Marguerite de Navarre (née de Valois-Angoulême), future reine de Navarre, sa sœur Madeleine de France (1520-1537), future reine d'Écosse, Éléonore de Habsbourg, seconde épouse de son père François Ier de France (1494-1547), Catherine de Médicis (1519-1589), épouse de son frère Henri II de France (1519-1559). Ces dames sont, comme elle-même, formées aux langues classiques, le latin et le grec. Marguerite, outre une excellente pratique de sa langue maternelle, a une bonne connaissance de l'italien. À la mode de la Renaissance, ces dames, entourées de leurs demoiselles d'honneur, déclament les vers en français et en latin inspirés des poètes de la cour, en les accompagnant parfois de la musique du compositeur Antoine de Bertrand

Parmi les poètes de son temps, celui qui va entrainer le mouvement de réforme littéraire de la Renaissance est l'helléniste Jean Dorat, professeur de grec au Collège de Coqueret, puis au Collège des lecteurs royaux. Il va fonder avec ses élèves la Brigade des poètes qui sera à l'origine de La Pléiade. Parmi ses fondateurs, se distinguent Pierre de Ronsard, Joachim du Bellay, Jean-Antoine de Baïf, Pontus de Thiard, Guillaume des Autels, Étienne Jodelle, Rémy Belleau et Jacques Peletier du Mans

Marguerite prend, avec la plus grande conviction, la défense de cette nouvelle école, face aux critiques des anciens, et notamment de Mellin de Saint-Gelais. Elle est bien soutenue à cet égard par son fidèle conseiller, Michel de l'Hospital, futur chancelier du royaume de France, lui-même féru de poésie latine
Désormais, la cour de France, à l'image de cette princesse enthousiaste, va soutenir les novations des poètes français

Le nouveau Parnasse honore la princesse comme sa muse préférée
Chaque poète lui dédie des hymnes élogieux
Du Bellay lui déclare : ce qu'on admire en vous, c'est ce qui est tout vôtre:

Cette grâce et doulceur et ce je ne sais quoi
Que, quand vous ne seriez fille ni sœur de roy,
Si, vous jugerait-on être ce que vous êtes.

Il exprime sa tristesse lors du départ de la princesse pour la Savoie en s'adressant à la plus sage, vertueuse et humaine princesse qui a été de son temps

De son côté, Ronsard, chef de file de La Pléiade, est lui aussi attristé par son départ dans les États de Savoie en 1559. Dans la deuxième partie du Bocage royal, il célèbre:

...la vertu, la grâce et le mérite
De la sainte, divine et chaste Marguerite.
Toujours en sa faveur, soit l'hyver, soit au temps
De la chaude moisson, puisse naître un printemps!
Sur les monts de Savoye, en quelque part qu'elle aille,
Toujours dessous ses pieds un pré de fleurs s'émaille!
Dedans sa bouche naisse une manne de miel
Et luy soit pour jamais favorable le ciel!

"Peu de figures apparaissent dans l'Histoire accompagnées d'un aussi beau cortège d'amitiés illustres, surtout de la part des poètes qu'elle appréciait et inspirait si bien" (Roger Peyre)

Un mariage endeuillé (1559)

Le projet de mariage avec Emmanuel-Philibert de Savoie est l'une des clauses du traité du Cateau-Cambrésis signé le 3 avril 1559 par la France et l'Espagne7. Le roi Henri II laisse à sa sœur Marguerite la jouissance du duché de Berry et des terres qui lui appartiennent et lui offre une dot de trois cent mille écus, payable en trois versements semestriels. De son côté, le duc Emmanuel-Philibert lui constitue un douaire de trente mille livres par an, garanti sur les territoires de Bresse, Bugey et Valromey8.

Les poètes, des deux côtés des monts, préparent à l'avance leur épithalame, en l'honneur du futur mariage princier. Parmi eux, le gentilhomme savoisien, Marc-Claude de Buttet, ancien élève de la Brigade de Jean Dorat, et ami de Ronsard, rédige prématurément, à l'instar de Joachim du Bellay et de la plupart des poètes de La Pléiade, six-cents vers alexandrins intitulés "Epithalame ou nosses de très magnanime prince Emanuel Philibert, duc de Savoie, et de très vertueuse Marguerite de France, duchesse de Berry, seur unique du roy". Lors de l'impression avec privilège, à Paris, il dut ajouter sous le titre : Sur les triomphes qui étoient prêts à faire sans la mort du Roi survenue 9.

En effet, le roi Henri II venait d'être mortellement blessé le 30 juin 1559 d'un coup de lance, face au sire de Montgommery, capitaine de sa Garde écossaise, lors du grand tournoi qu'il avait organisé à Paris, rue Saint-Antoine, en l'honneur du mariage de sa sœur Marguerite avec le duc Emmanuel-Philibert de Savoie.

Transporté à l'Hôtel des Tournelles, le roi était au seuil de la mort. Mais encore conscient, il imposa que la cérémonie se fît sans délai, par peur que le mariage ne soit annulé. La messe de mariage, présidée par le cardinal de Lorraine, se déroula en pleine nuit, en l'église Saint-Paul, le 9 juillet 1559, dans les larmes. Vieilleville relate dans ses mémoires que "Les susdites noces ressemblaient mieux à un convoi de mortuaire et à funérailles qu'à aultre chose : car au lieu de haultbois et autres réjouissances, ce n'estoient que pleurs, sanglots, tristesses et regrets...". Le roi mourut le lendemain. Il fut inhumé en la Basilique Saint-Denis, nécropole des rois de France. Comme toutes les princesses de sa Maison, Marguerite, éplorée par la mort de son frère, revêtit une tenue blanche traditionnelle de deuil.

Cependant que son mari fut parti seul à la reconquête de ses territoires, Marguerite resta à Paris pour assister sa belle-sœur, Catherine de Médicis, et ses neveux endeuillés. Le départ de la nouvelle duchesse de Savoie fut plusieurs fois reporté : ce n'est qu'en décembre 1559 que Marguerite, accompagnée par son chancelier, Michel de L'Hospital, rejoint Emmanuel-Philibert dans le Comté de Nice, avant que le couple ne s'installe enfin en Savoie, puis au Piémont.