Guillaume Briçonnet

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Biographie

Carrière d'ecclésiastique de cour

Fils du cardinal Guillaume Briçonnet, évêque de Saint-Malo puis archevêque de Reims, et de Raoulette de Beaune, il fait ses études théologiques au collège de Navarre
Dès 1489, il est à la tête de l’évêché de Lodève
Il est aumônier d'Anne de Bretagne (1477-1514) en 1496 et participe avec son père au couronnement de Louis XII de France (1462-1515) à Reims en 1498

Bénéficiant de la confiance royale, il est envoyé par Louis XII à Rome en 1507, pour rentrer en grâce auprès du pape Jules II
Il prononce un discours devant le pape et le Sacré Collège qui justifient le roi des accusations de Maximilien d’Autriche
Son père lui cède le bénéfice de l’abbaye de Saint-Germain-des-Prés la même année

Le nouveau roi François Ier de France (1494-1547) l’envoie en ambassades extraordinaires à Rome, dans les années 1516-17
Il représente le roi dans des discussions avec le pape Léon X sur les modalités d'application du Concordat de Bologne qui régit les particularités de l'Église de France (Gallicanisme)

En tant qu’abbé de Saint-Germain, il montre un grand zèle pour éradiquer les abus, mettre fin aux désordres et revivifier la ferveur, la spiritualité, la règle et la vie monastiques
Dès 1507, il y accueille un des plus grands esprits du temps, Jacques Lefèvre d'Étaples, qu’il fréquente depuis 1505
À deux, ils tentent de remédier au dérèglement des mœurs monastiques, ce qui entraîne un procès des moines de Saint-Germain
C’est le même zèle qu’il déploie lorsque le roi lui confie un nouvel évêché

Les réformes de l'"école de Meaux"

Evêque résident

François Ier lui obtient l’élection au diocèse de Meaux, poste où il reste jusqu’à sa mort
Ami et disciple de Jacques Lefèvre d'Étaples, Guillaume Briçonnet résolut de faire prévaloir ses idées morales dans son diocèse
Et, ce qui est inhabituel à cette époque, il décide de vivre dans son diocèse, et abandonne la vie de cour

Après avoir visité tout le diocèse, il constate que la plupart des curés ne résident pas dans leur paroisse, et que les desservants sont à peine, ou pas formés en théologie
Ils n’ont de plus pas le temps d’enseigner leurs ouailles, les revenus de la paroisse allant aux curés, ils doivent travailler
Les seuls prêcheurs instruits sont les Cordeliers, qui promettent essentiellement l’Enfer aux mauvais chrétiens

Il cherche à lutter contre la dépravation des mœurs et le relâchement de la discipline ecclésiastique en réformant en profondeur son diocèse dès 1518
Il simplifie le culte, supprime les images et encourage les prédications pour raviver la foi
Il considère son diocèse comme une terre de mission, et le divise en 26 stations de neuf paroisses chacune
Mais, chaque année, il constate l’insuffisance des mesures : plus de la moitié des desservants sont incapables d‘effectuer convenablement la tâche qui leur est assignée
Il décide d’expulser les 53 plus incapables et de former des prêtres

Le cénacle de Meaux (ou cercle de Meaux)

En 1521, il devient le directeur spirituel de la sœur du roi de France, Marguerite de Navarre (née de Valois-Angoulême), reine de Navarre
La même année, il attire autour de lui plusieurs théologiens et prédicateurs, dont notamment Jacques Lefèvre d'Étaples, Guillaume Farel, Gérard Roussel, Josse Clichtove, l’hébraïsant François Vatable, Martial Mazurier, Michel d'Arande, Pierre Caroli, prédicateur célèbre, et Jean Lecomte de Lacroix. Ils constituent l’école ou le cénacle de Meaux, foyer de réflexion et de réforme de l’Église de Meaux
Il s'agit de retourner aux sources du christianisme, vers l'enseignement originel du Christ en répandant le Nouveau Testament en français : on « délatinise » les textes évangéliques
Les Cordeliers sont interdits de chaire à Meaux

Il crée une imprimerie à Meaux, qui publie les ouvrages de Lefèvre d’Étaples :

Il s’attire l’hostilité des Cordeliers (privés du produit de leurs quêtes) et de la Sorbonne
En avril 1521, les thèses de Luther sont condamnées par la Sorbonne
Clichtove fait défection (il rédige un ouvrage sur le culte des saints, proclame que « l’intelligence des laïcs ne pourra jamais comprendre le sens sublime enfermé dans les livres divins » que les plus doctes ont peine à comprendre)
En octobre 1523, Briçonnet interdit les livres de Luther dans son diocèse, et renvoie Farel, trop violent dans ses prêches, en 1524, afin de pouvoir continuer son travail de diffusion de l’Évangile
À ses frais, il veille à faire faire des lectures publiques de la Bible, et fait distribuer les traductions, qui gagnent la Normandie, la Champagne, la vallée de la Loire

Début des persécutions

Mais un procès est ouvert devant la Sorbonne par les Cordeliers, qui l’accusent de permettre à l’hérésie de se répandre
Par mesure d’apaisement, Briçonnet autorise à nouveau les Cordeliers à prêcher, demande à ses curés de restaurer le culte des saints et de la Vierge, interdit les prêches aux plus extrêmes, et prend sous sa protection personnelle les statues et images de saints
Jean Leclerc, un cardeur de laine converti aux idées nouvelles, est fouetté pour avoir placardé des affiches hostiles au pape
Mais après la défaite de Pavie, le roi est prisonnier et ne protège plus l’évêque de Meaux
En mai, une bulle du pape autorise un groupe de trois théologiens de la Sorbonne et d’un curé à traquer l’hérésie : Jacques Pauvant est arrêté, se rétracte, est libéré, puis brûlé après avoir repris ses prêches
D’autres membres du groupe sont arrêtés ou doivent s’enfuir

D’autres habitants de Meaux sont condamnés à l’amende honorable en 1528, alors que deux évangélistes sont brûlés vifs à Paris, ainsi que Denis de Rieux à Meaux

Guillaume Briçonnet est cependant innocenté
Toujours en 1528, il participe au synode de Paris qui condamne le luthéranisme
En 1529-30 : Meaux devient la première paroisse protestante organisée de France
En 1534 il meurt au château d'Esmans, près de Montereau-Fault-Yonne.

Mécénat

Il soutient les lettres, et enrichit la bibliothèque de Saint-Germain des Prés. Il traduit lui-même en français les Contemplationes Idiotae de amore divino ou Contemplations de Raymond Jourdain en l’honneur de la Vierge11, qu’il dédie à l’abbesse de Faremoutiers en 1519.

Foyer de prédication, cet épicentre, précurseur du « réformisme », eut une grande influence sur les humanistes et les écrivains de cette génération tels Marot et François Rabelais.