Antoine de Bourbon-Vendôme (1518-1562)

Antoine de Bourbon, ou Antoine de Vendôme, né le 22 avril 1518 au château de La Fère et mort le 17 novembre 1562 aux Andelys, est un prince du sang de la maison capétienne de Bourbon, membre de la branche cadette de Bourbon-Vendôme, qui vécut sous les règnes des rois François Ier, Henri II, François II et Charles IX
Descendant du roi Saint Louis à la 9e génération en lignée masculine, il est le Premier prince du sang et second pair de France et le père du roi Henri IV, fondateur de la dynastie royale des Bourbons

Duc de Vendôme, roi de Navarre par son mariage avec Jeanne d'Albret, sa vie est marquée par son oscillation entre le catholicisme et la réforme protestante
Finalement, il se décide pour la religion catholique, tandis que sa femme, Jeanne d'Albret, devient une huguenote convaincue, et il participe aux affrontements durant la première guerre de religion, en tant que chef de l'armée royale
Il trouve la mort au siège de Rouen en 1562

Biographie

Origines et jeunesse

Antoine de Bourbon nait au château de La Fère en Picardie
Il est le quatrième enfant mais premier fils survivant de Charles IV de Bourbon, duc de Vendôme (1489-1537) et de sa femme Françoise d'Alençon (morte en 1550)
Antoine de Bourbon porte d'abord les titres de comte de Marle, puis de duc de Beaumont
Le 25 mars 1537, à la mort de son père, il lui succède comme duc de Vendôme

Il est le frère aîné de Louis Ier de Bourbon-Condé (1530-1569), prince de Condé (1530-1569), qui dirige les huguenots pendant les guerres de religion

Règne d'Henri II

Antoine de Bourbon épouse à Moulins (Allier) le 20 octobre 1548 Jeanne d'Albret (1528-1572), fille du roi de Navarre Henri II de Navarre (1503-1555) et de Marguerite de Navarre (née de Valois-Angoulême), elle-même sœur du roi de France François Ier
Ils ont cinq enfants dont seuls deux survivent :

Antoine pourrait se trouver dans une position désavantageuse à la cour d'Henri II, en raison de la disgrâce qui s'est abattue sur sa maison après la défection de Charles III, duc de Bourbon à Charles Quint en 1523, mais cette position délicate ne dut être que superficielle, puis qu'il est aux côtés du roi en diverses occasions

En 1552, durant le voyage d’Allemagne, Vendôme participe à la prise de Metz le 10 avril

Il réussit à obtenir la royauté de Navarre jure uxoris en 1555
La même année, le poste de gouverneur de la Picardie, frontière critique, lui est retiré et confié à l'amiral Coligny, suscitant d'importantes protestations
Il reçoit en compensation le gouvernorat de la riche Guyenne méridionale

À la mort de son beau-père le 25 mai 1555, il devient, du fait de sa femme :

En 1556, en apprenant que Jacques de Savoie-Nemours (1531-1585) avait mise enceinte sa cousine par mariage, il menace de conséquences sanglantes Savoie et sa famille, obligeant celui-ci à prendre l'excuse d'une campagne en Italie pour quitter la France

En février de 1557, Antoine, Jeanne et leur fils Henri rejoignent la cour à Paris ;
Henri II suggère des fiançailles entre sa fille Marguerite et Henri
Désireux de se défaire de l'occupation espagnole sur une grande partie de son royaume, le roi de Navarre entre en négociations avec Charles Quint ; celles-ci n'aboutissent pas, compromettaient encore plus sa position à la cour

Navarre manifeste une sympathie précoce envers la réforme protestante, entretenant une correspondance avec le pasteur genevois Boisnormand dès 1557 et assurant la protection de l'église huguenote de Guyenne en 1558 en sa qualité de gouverneur
En 1558, il participe au chant de psaumes au Pré-aux-Clercs à la grande fureur du roi
Il combat pour la couronne dans la dernière période des guerres d'Italie en 1558
Les dirigeants huguenots souhaitent rallier Navarre à leur camp, obligeant Jean Calvin et Théodore de Bèze à consacrer des efforts considérables au projet

Pierre de Ronsard, dans Les Hymnes (Hymne de Henri II, v. 427) le cite parmi les « Mars » qui sont au service d’Henri II

Règne de François II

Lorsqu'en 1559 Henri II de France (1519-1559) meurt, les opposants aux Guise, dont Anne de Montmorency (1496-1567), affluent pour rencontrer Navarre à Vendôme dans son duché, dans l'espoir qu'il revienne au gouvernement
Lui est adressé un message, pour qu'il prenne ses responsabilités envers la religion réformée, de la part de Jean Calvin et les pasteurs de l'église de Paris Antoine de Chandieu et François Morel
Ceux-ci viennent trouver Antoine dans son château de Vendôme début aout 1559
Les Guise parviennent cependant à le neutraliser en lui proposant le poste de gouverneur du Poitou et l'envoient escorter Elisabeth de France jusqu'à la frontière espagnole lors de son mariage avec Philippe II d'Espagne (1527-1598)

En 1560, Antoine, ainsi que son frère Louis Ier de Bourbon-Condé (1530-1569) sont impliqués dans la conjuration d’Amboise (cf (1560) Conjuration d'Amboise), lorsque les organisateurs essaient de le recruter comme figure de proue dans leurs efforts pour contrer le gouvernement de Guise, mais Navarre ne répond pas
Après l'échec d'Amboise, les troubles se poursuivent dans le sud de la France
Le frère de Navarre, Condé, intrigué par un soulèvement à Lyon, envisage d'envoyer 1200 hommes en soutien
Sa lettre à ce sujet est interceptée par les Guise
Les deux frères sont convoqués au tribunal en août pour une assemblée des notables
Condé et Navarre sont les seuls grands à ne pas y assister et ne jouent donc aucun rôle dans la convocation par cette assemblée d'états généraux
Pour isoler davantage Navarre, Condé et toute la maison de Bourbon-Vendôme, les Guise créent deux super-gouvernorats, les donnant à leurs cousins Louis de Bourbon, duc de Montpensier et Charles, prince de La Roche-sur-Yon, séparant les princes de sang
Le 31 août, les Guise écrivent à Navarre qu'ils ont 40 000 soldats prêts à se déplacer dans le sud et à se présenter à la cour
Navarre et Condé, ne possédant qu'environ 6000 soldats, ne peuvent pas résister et se rendent vers le nord sans combattre
À leur arrivée, Condė est détenu et condamné

Règne de Charles IX

Mort de François II

En décembre 1560, le jeune François II de France (1544-1560) meurt et est remplacé par son frère Charles IX de France (1550-1574)
Charles, étant trop jeune pour régner, un régent est nécessaire, une position à laquelle Antoine de Bourbon a droit en tant que premier prince du sang
Catherine de Médicis (1519-1589) possède toutefois une influence considérable sur lui en raison de l'emprisonnement de son frère Louis pour trahison
Les deux conviennent qu'en échange de la régence de Catherine, Navarre devienne lieutenant général du royaume et Condé soit gracié
Louis de Bourbon, prince de Condé devient le chef du parti protestant, tandis que Catherine de Médicis, régente au nom de son fils Charles IX, le nomme lieutenant général du royaume (1561) et gouverneur du Dauphiné

Effondrement de la régence

Proche de la Réforme, Antoine de Bourbon favorise l'introduction du calvinisme dans ses gouvernements et participe lui-même aux prêches protestants, mais sans jamais abandonner la messe
Sans véritables convictions religieuses, il oscille plusieurs fois entre catholicisme et protestantisme
L'appel du pouvoir à la cour de France l'amène progressivement à choisir le camp catholique (1561) et à entrer en conflit avec sa propre épouse Jeanne d'Albret, devenue une fidèle huguenote convaincue de la religion réformée
Il intrigue alors pour répudier sa femme sous prétexte d'hérésie tout en conservant la principauté du Béarn, et espère que Philippe II lui permettra de réunifier la Haute-Navarre et la Basse-Navarre
Afin d'obtenir la restitution de la Haute-Navarre, il envoie comme ambassadeur auprès du pape Pierre d'Albret (frère de Henri II de Navarre (1503-1555) et donc oncle de Jeanne d'Albret (1528-1572)), qu'il parvient à faire nommer évêque de Comminges en 1561 pour le récompenser, puis François de Pérusse des Cars

Antoine de Bourbon se trouve de plus en plus en opposition avec la politique religieuse de l'administration de Catherine de Médicis, rompant finalement avec elle à la suite de l'édit de janvier 1562, écrivant d'urgence à Guise pour qu'il revienne à la cour afin qu'ils puissent présenter un front uni contre celui-ci
En route pour Paris, les hommes de Guise commettent le massacre de Wassy (cf (1562) Massacre de Vassy), plongeant la France dans la guerre civile
Navarre, lieutenant général, sera le commandant suprême des forces de la couronne dans le conflit à venir

Première guerre de religion et mort

En mai, il publie un décret expulsant tous les protestants de Paris, au grand plaisir des radicaux de la capitale
Son armée et celle de Condé s'affrontent en juin près d'Orléans par des escarmouches, alors que les négociations entre les parties se poursuivent pour éviter les effusions de sang
Condé se retire, Navarre et les autres dirigeants commencent à reprendre les villes rebelles, capturant Blois, Tours et Amboise
En août, la principale force royale sous le commandement de Navarre assiège et vainc la garnison rebelle dans la ville clé de Bourges
Lorsque sa femme, Jeanne d'Albret, laisse les huguenots mettre à sac la collégiale de leur Château de Vendôme, il menace de l'envoyer au couvent

Après avoir réduit Bourges, l'armée royale est confrontée à un choix : marcher sur la capitale huguenote d'Orléans immédiatement ou frapper d'abord la ville de Rouen tenue par les protestants, qu'Aumale tente alors en vain d'assiéger avec sa petite armée
Navarre conseille de pousser immédiatement sur Orléans, mais la peste dans la ville, la menace des Anglais et les espoirs de Catherine qu'il pourrait encore persuader son frère d'abandonner la rébellion, persuadent la cour contre cette politique

L'armée de Navarre investit la ville de Rouen le 28 septembre et commence à essayer de la réduire
Le 13 octobre, alors qu'il inspecte les tranchées du siège et en profite pour aller uriner contre les remparts de la ville, Navarre est blessé d'un coup de mousquet à l'épaule
La blessure ne parait pas si grave, seul le chirurgien du roi, Ambroise Paré, lui prédit une fin sinistre
Malgré les efforts du célèbre chirurgien, il ne peut être sauvé et meurt des suites de ses blessures aux Andelys, le 17 novembre
Son corps sera ensuite ramené à la collégiale Saint-Georges du château de Vendôme où il fut inhumé, comme ses ancêtres

Ce fait inspira à Voltaire cette épitaphe : « Ami François, le prince ici gisant vécut sans gloire, et mourut en pissant. »

Il a été dit que ses derniers rites ont été effectués dans le rite luthérien, renforçant les soupçons de longue date de son non-orthodoxie religieuse