(1565) Grand Siège de Malte

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Grand Siège de Malte — Wikipédia

Résumé

Le Grand Siège de Malte a été mené par les Ottomans en 1565 pour prendre possession de l'archipel et en chasser l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem
Malgré leur supériorité numérique, les Ottomans ne viennent pas à bout de la résistance des chevaliers et doivent lever leur siège après avoir essuyé de lourdes pertes
Cette victoire de l'Ordre assure sa présence à Malte et renforce durablement son prestige dans l'Europe chrétienne

Cet épisode s'inscrit dans la lutte pour la domination de la Méditerranée entre les puissances chrétiennes, notamment l'Espagne, appuyées par les chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, et l'Empire ottoman
Les chevaliers sont installés depuis 1530 à Malte après avoir été chassés de Rhodes par les Turcs en 1522
Face aux activités de pirates des chevaliers qui harcèlent les navires ottomans en Méditerranée et pour s'assurer une base navale stratégique, Soliman le Magnifique décide d'envoyer son armée contre l'archipel

Fin mai 1565, une importante force turque, sous les ordres du général Mustafa Pacha et de l'amiral Piyale Pacha, débarque à Malte et met le siège devant les positions chrétiennes
Les chevaliers de l'Ordre, appuyés de mercenaires italiens et espagnols, et par la milice maltaise, sont commandés par le grand maître de l'Ordre, Jean de Valette (1494-1568)
Inférieurs en nombre, les défenseurs se réfugient dans les villes fortifiées de Birgu et de Senglea, dans l'attente d'un secours promis par le roi Philippe II d'Espagne (1527-1598)
Les assaillants commencent leur siège par l'attaque du fort Saint-Elme qui commande l'accès à une rade permettant de mettre à l'abri les galères de la flotte ottomane
Les chevaliers parviennent néanmoins à tenir cette position durant un mois, faisant perdre un temps considérable et de nombreux hommes à l'armée turque

Au début du mois de juillet, le siège de Birgu et Senglea commence
Durant deux mois, malgré leur supériorité numérique et l'importance de leur artillerie, les Ottomans voient leurs attaques repoussées, avec de lourdes pertes
Début septembre, une armée de secours, menée par le vice-roi de Sicile, don García de Tolède, débarque à Malte et parvient à défaire l'armée turque, démoralisée par son échec et affaiblie par la maladie et le manque de nourriture

La victoire des chevaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem a un retentissement considérable dans toute l'Europe chrétienne : elle leur confère un immense prestige et renforce leur rôle de défenseur de la religion chrétienne face à l'expansionnisme musulman
Les fonds collectés à la suite de cette victoire permettent de relever les défenses de Malte et d'assurer la présence durable de l'Ordre sur l'île
Une nouvelle ville est également édifiée, en vue de défendre la péninsule de Xiberras contre un retour éventuel des armées turques
D'abord appelée Citta' Umilissima, elle prend ensuite le nom de La Valette, en hommage au grand maître de l'Ordre vainqueur des Ottomans

La défaite ottomane, au-delà des pertes humaines, n'a pas eu de conséquences militaires directes importantes
Il s'agit cependant d'un des rares échecs de l'armée de Soliman, privant les Turcs d'une position stratégique qui leur aurait permis de lancer de nombreux raids en Méditerranée occidentale

Contexte

Chassés de Rhodes par les Turcs à la suite du siège de 1522, les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem recherchent un lieu de séjour fixe et indépendant leur permettant de continuer la guerre de course, dite corso, contre les Ottomans
Leur volonté d'indépendance vis-à-vis des puissances nationales (les membres de l'Ordre sont dispensés de prêter allégeance à leurs souverains respectifs) ne facilite pas leur recherche
Cependant, après la prise définitive d'Alger en 1529, l'empereur Charles Quint, inquiet de la montée de la puissance ottomane dans le bassin méditerranéen et soucieux de protéger Naples et la Sicile, qui font partie de ses possessions, leur offre de s'installer à Malte

En effet, au début du xvie siècle, la Méditerranée occidentale est pacifiée par les Espagnols au cours de la Reconquista
Ces derniers ont mené les prises de nombreuses places en Afrique du Nord : Mers el-Kébir (1504), Peñón de Vélez de la Gomera (1508), Oran (1509), Béjaïa (1510), Alger (1510) et Tripoli (it) (1510)
Néanmoins, dans les décennies qui suivent, la situation se dégrade
Les frères Arudj et Khayr ad-Din Barberousse installés à Djerba (1510) disputent le Peñón d'Alger de 1516 à 1529 et infligent à l'Espagne ses premiers revers
Après avoir repris le Peñón face à la ville d'Alger (1529), ils prêtent même hommage au sultan ottoman dont les possessions menacent dès lors directement les côtes espagnoles
Malte prend ainsi toute sa valeur dans la lutte pour le contrôle de la Méditerranée
De leur côté, pour les chevaliers, il est vital de retrouver un rôle actif et un établissement stable pour éviter que ses membres ne se dispersent et de manière à conserver leur légitimité de défenseurs de la chrétienté

Après de nombreuses hésitations et tractations résultant d'une méfiance mutuelle entre l'Ordre, soucieux de sa souveraineté, et l'Empereur, qui se méfie de leur lien avec la France, Charles Quint se rend aux pressions du pape Clément VII
Il signe à Bologne, le 24 mars 1530, le diplôme concédant à l’Ordre « en fief perpétuel, noble et franc, les villes, châteaux et îles de Tripoli, Malte et Gozo avec tous leurs territoires et juridictions » en échange d'un faucon chasseur offert à chaque Toussaint au vice-roi de Sicile et l'engagement de ne pas prendre les armes contre l'Empereur
Les chevaliers finissent par accepter l'offre de l'Empereur, y compris la ville de Tripoli, prise par les Espagnols en 1510

Le 26 octobre 1530, les Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem avec, à leur tête, Phillipe de Villiers de L'Isle-Adam (1464-1534) débarquent à Malte et prennent possession de l'île, à charge pour eux de défendre l'archipel, qui verrouille l'accès entre les parties occidentale et orientale de la Méditerranée et qui contrôle l'accès du Sud de la péninsule italienne par l'Afrique du Nord

Les Hospitaliers ne sont guère enchantés de leur installation sur cette île aride presque dépourvue d'arbres et de ressources
Ils délaissent la capitale, Mdina, située au centre des terres pour s'installer sur la côte nord, dans le port de Borgho, aujourd'hui Birgu, au centre de la vaste baie de Marsa, appelée aujourd'hui le « Grand Port » et défendue par le fort Saint-Ange
Ils commencent alors à élever des défenses autour de Birgu, en même temps qu'ils continuent leur lutte contre les Ottomans en Méditerranée

Lutte contre les Ottomans

En 1535, les Hospitaliers de l'Ordre participent à la prise de Tunis par Charles Quint
Ils poursuivent leur corso contre les navires ottomans, à laquelle répond un harcèlement similaire de la part de nombreux corsaires liés à l'Empire ottoman, comme le célèbre Dragut
Ce type de guerre, spécifique à la Méditerranée, est l'activité de prédation maritime qui s’opère entre chrétiens et musulmans, du milieu du xve siècle jusqu'au milieu du xviie siècle, activité située entre la course et la piraterie, sous prétexte de guerre sainte
Les prises réalisées alimentent les finances de l'Ordre et permettent les travaux menés à Malte en vue de sa protection
En 1550, les Hospitaliers incendient la ville de Mahdia, repaire des navires corsaires de Dragut
En représailles, ce dernier débarque à Malte en juillet 1551 et dévaste l'île
Birgu étant trop bien défendue, après un échec devant Mdina, Dragut et Sinan Pacha ravagent l'île de Gozo puis se dirigent alors vers Tripoli qui tombe le 14 août
Sous le commandement de Jean de Valette, capitaine général de la flotte en 1554 puis nouveau grand maître élu en 1557, les galères de l'Ordre harcèlent plus que jamais les navires musulmans
Si l'expédition pour reprendre Tripoli se solde par un échec retentissant devant Djerba en 1559, confirmant la supériorité de la marine turque, les forces chrétiennes réussissent néanmoins la prise de Peñón de Vélez de la Gomera en 1564
Cette même année, le capitaine Mathurin Romegas affronte et capture une caraque ottomane fortement armée et chargée d'une riche cargaison à destination de proches de Soliman
Ce dernier fait d'armes décide Soliman à lancer une expédition contre Malte pour en finir avec les corsaires de l'Ordre

Installation à Malte

Les activités navales des Hopitaliers ont commandé leur installation sur la côte nord de l'île de Malte
Là s'étendent deux grandes rades naturelles, celle de Marsamxett et celle de Marsa (aujourd'hui le Grand Port), séparées par une presqu'île rocheuse, la péninsule de Xiberras
Villiers de l'Isle-Adam, conscient de la situation privilégiée de la péninsule dominant les deux rades, envisage un temps d'y établir les activités de l'Ordre mais les fonds manquent pour une telle entreprise
Les chevaliers s'installent donc dans la bourgade existante de Birgu, sur une presqu'île de l'autre rive de la baie de Marsa, qu'ils s'attachent à fortifier. La péninsule de Birgu est déjà défendue à son extrémité par le château Saint-Ange qui est alors renforcé
Sous le gouvernement du grand maître Juan de Homedes, dans les années 1540, de nouveaux travaux sont entrepris : Birgu est renforcée de nouveaux bastions, le fort Saint-Michel est établi au sud de Birgu pour en interdire l'accès et enfin le fort Saint-Elme est édifié à l'extrémité de la péninsule de Xiberras pour interdire l'accès de la rade de Marsamxett
Claude de La Sengle, successeur de Homedes, développe et fortifie la péninsule située au sud de Birgu, renforçant notamment le fort Saint-Michel
En son honneur, la péninsule prend le nom de Città Senglea
Néanmoins, si les Hospitaliers de l'Ordre s'attellent à la protection de l'île dès leur arrivée, et encore plus, après le raid de Dragut sur l'archipel en 1551, ils continuent de penser à un retour à Rhodes et n'envisagent pas une installation à long terme à Malte

Décision turque d'attaquer Malte

La prise par Romegas de la caraque armée par Kustir Aga, chef des eunuques noirs du sérail, fait grand bruit à Constantinople et dans l'entourage du sultan, le poussant ainsi à intervenir pour débarrasser la Méditerranée des corsaires chrétiens
Soliman le Magnifique garde à l'esprit la situation stratégique de Malte, avec ses vastes ports bien abrités, au centre de la Méditerranée, dans l'optique d'une éventuelle conquête de la Sicile et du Sud de l'Italie
La question est débattue pour la première fois lors d'un conseil militaire en octobre 1564
Les conseillers militaires soulignent néanmoins la difficulté d'une telle entreprise et notamment la différence entre Malte et Rhodes, prise à l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem en 1522

Située à proximité de la côte turque et riche en ressources agricoles, il était facile, à Rhodes, de pourvoir aux besoins d'une armée de siège, contrairement à Malte, aride et isolée
Conjuguée à l'impossibilité d'un ravitaillement extérieur du fait des tempêtes qui balayent la Méditerranée dès l'automne, cette situation impose de déplacer l'armée et de vaincre, ou d'être vaincu, en moins de six mois
Certains suggèrent alors d'autres objectifs comme La Goulette ou Peñón de Vélez de la Gomera, ou encore la Hongrie voire directement la Sicile
La situation géographique stratégique de Malte, comme avant-poste d'une potentielle poussée vers l'ouest, en fait néanmoins l'objectif privilégié de Soliman
Les généraux Mustafa Pacha, chef de l'armée, et Piyale Pacha, chef de la marine, approuvent finalement l'idée de leur souverain qui décide de lancer le siège de Malte au printemps de l'année suivante
Les préparatifs de cette expédition démarrent alors dans les arsenaux de Constantinople