(1562-1565) Floride française
Source
Floride francophone — Wikipédia
Résumé
La Floride française est un territoire colonial éphémère créé par des Huguenots français au XVIe siècle
Après trois expéditions en 1562, 1564 et 15651, les Français renoncent à coloniser la Floride, après s'y être établis notamment le long de la « rivière de May », avec la construction du bastion de Charlesfort
Détails
Contexte politique d'une colonisation française de la Floride
Préconisant un rapport individualisé avec le Créateur par l’étude de la Bible dans sa langue vernaculaire, le Protestantisme rejette plusieurs coutumes de l’Église romaine, dont les indulgences, plusieurs sacrements et la hiérarchie ecclésiastique
La conversion de l’empereur de Prusse, du roi d’Angleterre et de nombreux anciens fidèles inquiète le Vatican, qui veut endiguer et faire reculer le protestantisme en Europe
Suivant le (1563) Concile de Trente, la France et l'Église condamnent le protestantisme et appellent à la reconquête idéologique et militaire des âmes « perdues »
Par les guerres de religion (1560-1598), l’Église se met à contraindre « les huguenots » à renoncer à leur fidélité à Jean Calvin, un influent penseur du protestantisme
Pour fuir l'intolérance religieuse dont sont victimes les protestants, Gaspard II de Coligny (1519-1572) projette de créer en Amérique une colonie française pouvant accueillir des Huguenots
Cette colonie sera désignée également sous le nom de « Nouvelle-France floridienne »
Une première tentative d'implantation avait été effectuée au Brésil avec la (1555 - 1560) France Antarctique, ce fut l'éphémère colonie française qui occupa la baie de Rio de Janeiro, de 1555 à 1560
Malgré ses espoirs d’y faire coexister huguenots et catholiques, l’aventure n'est pas une réussite
Coligny pense qu’une colonie huguenote aurait plus de chances de réussir en Floride, péninsule espagnole depuis 1513, mais qui demeure relativement inhabitée
Première tentative
En 1562, Gaspard de Coligny relance le projet de colonisation vers l'Amérique du Nord
Partis du Havre le 18 février 1562, Jean Ribault, secondé par René de Goulaine de Laudonnière et accompagné du cartographe Jacques Le Moyne de Morgues atteignent le nouveau continent à bord de deux navires à l'embouchure de la May le 1er mai
L'expédition est forte de 150 hommes
Étonné par le « spectacle » d'une « infinité de beaux arbres élevés », ainsi qu'un climat « bon, salubre, tempéré et fort plaisant », Ribault laisse 30 hommes à l’embouchure et part fonder, plus au nord, la colonie de Charlesfort (plus tard, Charleston, en Caroline du Sud), en l'honneur de Charles IX (les vestiges de ce fort sont situés sur l'île de Parris Island)
Ribault entre en France un mois plus tard
Ribault laisse au Fort Caroline, non pas des agriculteurs ou des diplomates, mais des guerriers, qui peineront à établir des rapports avec le peuple timuacan
On lui offre des pièces d’or et d’argent en échange de denrées alimentaires et de fourrures, mais les Huguenots peinent à survivre
Les Timuacans prêtent main-forte à la construction des premières habitations, mais les pathogènes, transmis par les colons, réduisent, en deux ans seulement, le contingent indigène de 50 000 à quelques centaines de personnes
René de Goulaine de Laudonnière arpente la région qui allait s'appeler la Floride française et découvre lors de son exploration à l'intérieur des terres un vaste lac, le lac Okeechobee, qu'il nomme Surruque du nom d'une tribu locale de la Nation Mayacas
Après quelques semaines, Ribault s'en retourne en France chercher des renforts, des biens et du matériel
Toutefois, à son arrivée à Dieppe le 20 juillet 1562, Ribault trouve la ville plongée dans une guerre civile (de religion)
Il choisit l'exil vers l'Angleterre, alors en bons termes avec les Huguenots
Refusant de mener une nouvelle expédition au nom de la reine d'Angleterre, Ribault est emprisonné
Ses plans sont donc contrariés et il ne peut retourner immédiatement en Floride française
En 1563, une petite garnison de 28 hommes reste sur place
Laudonnière est imprudent lorsqu’il s’engage verbalement à appuyer Satourioua, le chef des Timuacans, dans un raid contre une tribu rivale, mais revient sur sa promesse
Impulsif, Laudonnière s'allie à Utina, le chef de la tribu ennemie, ce qui met en péril l’alliance tissée entre les Huguenots et les Timuacans, puis plus tard le capture, dans un acte de désespoir, pour l’obliger à nourrir la colonie française
Le geste provoque une guerre et amène Laudonnière à préparer un décampement en août 1565
Le siècle suivant, l’explorateur Samuel de Champlain retiendra comme leçon la nécessité des alliances avec les peuples indigènes, dont les secours s’avéreront incontournables à la sécurité des colons
Seconde tentative
La paix d'Amboise permet à Coligny de relancer ses projets de colonisation
Trois vaisseaux partent du Havre le 22 avril 1564 confiés à René de Goulaine de Laudonnière qui fonde le 22 juin 1564 un nouveau bastion en Floride française, le fort Caroline
Le fort doit défendre la petite colonie française des menaces espagnoles qui n'acceptent pas l'arrivée des Français au nord de leur territoire colonial
Mais la cohabitation avec les tribus locales se détériore, le chef de l'expédition manque d'autorité et certains de ses compagnons se rebellent
Laudonnière devra leur concéder un des vaisseaux avec lequel les mutins sillonnent les Caraïbes
Ils seront tués ou emprisonnés par les Espagnols
Le 28 août 1565, une escadre de renfort composée de sept navires et 600 colons, commandée par Ribault atteint le fort Caroline
Elle croise l'escadre de Pedro Menéndez de Avilés qui arrive d'Espagne muni de l'ordre de son roi de chasser tout intrus de Floride
Sa flotte est composée de dix navires et 2 600 hommes
Menéndez de Avilés aperçoit les navires français et les engage, mais les navires français sont plus rapides et les Espagnols s'installent plus au sud, où ils établissent un camp qui deviendra Saint Augustine
Ribault décide, contre l'avis de Laudonnière d'attaquer les Espagnols avec quelques-uns de ses navires et la plupart de ses troupes, mais ils sont surpris en mer par une violente tempête qui dure plusieurs jours et fait sombrer les bateaux
Les naufragés atteindront l'îlot de Matanza sur lesquels les Espagnols viendront les surprendre et les achever jusqu'aux derniers, y compris Jean Ribault
Pendant ce temps, Pedro Menéndez de Avilés, lui, choisit d'attaquer le fort Caroline par voie terrestre
Il conduit ses troupes et attaque le fort le 24 septembre 1565 qui n'est plus défendu que par 200 à 250 colons
Les seuls survivants sont 50 femmes et enfants qui sont faits prisonniers, tous les autres sont exécutés
Quelques survivants dont Laudonnière ont pu s'échapper à travers la forêt
En 1567, Dominique de Gourgues s'embarque dans une expédition punitive pour venger les Français massacrés par les Espagnols deux ans plus tôt
Arrivées en 1568 vers les côtes de Floride, les troupes françaises, avec l'aide des Amérindiens Saturiwas, Potanos et Mayacas, massacrent la garnison espagnole du fort Matéo qui a succédé au fort Caroline
Fort de ce succès, Dominique de Gourgues détruit deux autres forts espagnols
L’aventure coloniale française sera suspendue en Floride pendant plus de deux siècles; elle se concentrera dès lors vers Saint-Domingue, la Louisiane et la Nouvelle-France
« Le souvenir de [cette] boucherie », d'après l'historienne Suzanne Lussagnet, sera plus tard commémoré par le toponyme anglo-espagnol Mantanzas Inlet, « l’anse au massacre »
Quelques villages, dont Ribaut River, ainsi qu’une vingtaine de rivières et de détroits porteront des noms français ou latins, dont Charleston et Port Royal Sound (Caroline du Sud), mais aussi French Cape (Floride), et rappelleront la mémoire
Troisième et dernière tentative de colonisation française
La longévité du règne espagnol en Floride (1565-1763, 1781-1819) contraste avec l'aventure coloniale française
N’offrant aucune richesse naturelle, la Floride ne comporte pas d’importance économique, mais son emplacement est stratégique à titre de tampon entre les colonies espagnoles des Antilles et les colonnies britanniques au nord
La Floride dépend économiquement de subventions de l’Espagne pour fonctionner et politiquement d’un gouverneur répondant au sylvain royal de Mexico et au gouverneur général de Cuba
Preuve de son positionnement stratégique, la colonie comprend un second fort, San Carlos de Austria, dans le manche du Nord-Ouest, dès 1698, qui vise à protéger la colonie des visées expansionnistes de la Basse-Louisiane
La paix est interrompue en mai 1719 lorsque le gouverneur de la Louisiane, Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, envahit le fort, en collaboration avec des guerriers autochtones
Le commandant de San Carlos n’offre aucune résistance et conclut une entente pour assurer que les colons maintiennent leurs possessions après le départ de la garnison ibérienne
Une soixantaine de colons français y restent pendant trois ans
Suivant le passage d'un ouragan en 1722, les Français brûlent ce qui reste des installations pour gagner Mobile ou Biloxi