(1559) Traités de Cateau-Cambrésis
Source
Traités du Cateau-Cambrésis — Wikipédia
Premier traité
Le premier traité du Cateau-Cambrésis fut conclu en deux temps, le 12 mars et le 2 avril 1559, entre les plénipotentiaires d’Henri II de France (1519-1559), roi de France, et ceux d’Elisabeth Ière, reine d'Angleterre
L'Angleterre signa séparément à Marie Tudor (1516-1558), catholique et épouse de Philippe II d'Espagne (1527-1598), qui succéda le 17 novembre 1558 sa demi-sœur Élisabeth Ire
Une des premières manifestations de son pouvoir fut d'instituer la religion anglicane comme religion d'État, et de s'en nommer chef suprême
Pour l'Espagne, il est donc évident que l'Angleterre était plus une alliée politique et religieuse
Élisabeth, jeune reine, par ailleurs préoccupée d'asseoir son pouvoir en Angleterre, abandonna Calais à la France, en contrepartie d'un versement de 500 000 écus
Calais avait été enlevée par surprise aux Anglais le 8 janvier 1558, après un siège de seulement huit jours (Édouard III avait mis onze mois à prendre la ville en 1347) par le lieutenant-général du royaume François de Guise, revenu en toute hâte d'Italie après le désastre de Saint-Quentin, et, emporté par son élan, avait aussi repris Arlon et Thionville
Second traité
Particularités
Le second traité, également appelé paix du Cateau-Cambrésis, fut négocié à l'abbaye de Cercamps (près d'Arras), et signé le 3 avril 1559 entre les plénipotentiaires des rois de France et d'Espagne, Henri II et Philippe II
Il mit fin aux guerres d'Italie et à l'ingérence française dans la péninsule
C'est en 1494, soixante-cinq ans auparavant, que Charles VIII était entré à Florence
Toutefois, ce traité est surtout notable par la longévité des accords qu'il entérine (ils seront confirmés à quelques détails près lors de la paix de Vervins en 1598, et respectés pendant près d'un siècle), autant que par l'ouverture d'une ère nouvelle en géopolitique
Contexte politique
Cette paix était devenue nécessaire aux deux parties épuisées financièrement, au point de risquer la banqueroute
Leurs bailleurs de fonds (les banquiers d'Anvers notamment) étaient ruinés par une crise économique (1557-1559) sans précédent
La France, déjà affaiblie économiquement par les défaites de Saint-Quentin (1557) et Gravelines (1558), était de plus en proie à des troubles religieux
Le roi Henri II espérait profiter de la paix pour réduire la Réforme protestante
Depuis trois ans, le protestantisme ne cessait de se développer malgré ses édits répressifs
Toutefois, la Réforme protestante grandissait aussi en Flandres, et même sur le sol espagnol
Philippe II d'Espagne, voulant affermir son gouvernement à Valladolid alors capitale du royaume, se préparait à y faire éteindre par l'Inquisition un foyer réformé de même qu'à Séville
Les autodafés allaient se succéder dans les mois à venir
L'Espagne, par ailleurs, sentait grandir sa vocation coloniale et évangélisatrice au Nouveau Monde, et cherchait à se faire de la France une alliée dans sa lutte contre la Réforme
Clauses
L'Empereur germanique Ferdinand Ier, propre oncle de Philippe II, ne fut pas représenté lors des tractations
Aussi la question des Trois-Évêchés jusque-là germaniques : Metz, Toul et Verdun, ne fut-elle pas abordée dans le traité, et ces trois places restèrent de facto à la France qui les avait conquises et occupées depuis 1552
La France dut par contre rendre le duché de Savoie et les principales places du Piémont, le Charolais, le Bugey et la Bresse au duc de Savoie Emmanuel-Philibert de Savoie, allié de l'Espagne
Elle dut aussi rendre la Corse à la république de Gênes, le marquisat de Montferrat au duc de Mantoue, et renoncer à ses prétentions sur le Milanais et sur la Franche-Comté
Si elle devait encore libérer les places qu'elle avait occupées en Flandres, elle put cependant garder en Piémont les villes de Pignerol, Savillan, Chivas, Chieri et le marquisat de Saluces, et récupérer quelques places en Picardie : Saint-Quentin, Ham, Le Catelet
Conséquences du traité
L'Espagne gardera dorénavant jusqu'au début du XVIIe siècle une domination assurée (soit directement soit indirectement) sur les États de la péninsule italienne, hormis sur les républiques de Gênes et de Venise, et les États de Savoie et Piémont
Pour montrer que cette domination ne connaît pas d'exception, le duc d'Albe aura même obligé le pape Paul IV, allié des Français, à capituler formellement en 1557
Les papes suivants seront les alliés obligés de l'Espagne dans la lutte contre la Réforme
Le traité du Cateau-Cambrésis, en faisant entrer l'Italie dans une longue période de paix et stabilité économique (que les critiques appellent stagnation) et intellectuelle (Vico, Bruno, Galilée), marque l'arrêt de la Renaissance italienne et le passage à la splendeur du Baroque (Vivaldi, Le Bernin, Le Caravage)
Le traité prévoyait aussi de consolider la paix par des mariages royaux : le roi de France Henri II offrait ainsi sa fille aînée, Elisabeth de France, au roi d'Espagne Philippe II d'Espagne (1527-1598), veuf pour la deuxième fois depuis la mort de Marie Tudor (1516-1558) Il mariait d'autre part sa sœur, Marguerite de Valois (1523-1574), duchesse de Berry, au duc de Savoie Emmanuel-Philibert de Savoie
La dynastie qui donnera au XIXe siècle ses premiers rois à l'Italie est ainsi confortée
Cependant, c'est pendant ces festivités organisées pour les mariages royaux que le roi Henri II de France (1519-1559) sera mortellement blessé, lors d'un tournoi
Sa mort laissera la France entre les mains de Catherine de Médicis (1519-1589) et de ses nombreux enfants, aux prises avec les guerres de religion, favorisées elles-mêmes par la démobilisation de la noblesse française à la suite de ces traités, les troubles intérieurs succédant aux guerres extérieures