Compagnie de Jésus

Génèse de la Compagnie

Le "pélerin absolu"

La vision d'Iñigo

Le créateur de la Compagnie de Jésus est Íñigo de Loyola (en français Ignace de Loyola), qui est d’origine basque
Tout commence en 1523 alors qu’Íñigo de Loyola mène une vie d'ermite, il commence à ce moment la rédaction de ce qui deviendra les Exercices spirituels
Le 2 février 1528, Loyola, le « pèlerin absolu », âgé de 37 ans, se rend à Paris pour poursuivre ses études au collège de Montaigu puis un an plus tard au collège Sainte-Barbe
C’est à ce moment qu’il rencontre des personnes avec lesquelles il commence à créer la compagnie
Selon la légende, en novembre 1537, à la chapelle de La Storta à Rome, Loyola aurait eu une vision mystique qui le confirme dans ses projets
C’est à partir de là qu’il décide de nommer son groupe « la Compagnie de Jésus »

Les débuts de la Compagnie

Selon certains écrits, la Compagnie de Jésus aurait été fondée le jour de l’Assomption en 1534
Il faudra attendre 1540 pour que cette compagnie soit approuvée par le pape Paul III par une bulle pontificale, Regimini militantis Ecclesiæ (pour le gouvernement de l'Église militante) promulguée le 27 septembre 1540, et qui approuve la fondation de la Compagnie de Jésus comme ordre religieux
À cette époque la compagnie est composée d’environ soixante membres
La bulle sera complétée par celle de 1544, Injunctum nobis, qui supprime la clause de limitation à 60 du nombre de religieux profès
Parmi les fondateurs se trouvent : Ignace de Loyola, Pierre Favre, François Xavier, Diego Lainez, Alfonso Salmeron, Nicolás Bobadilla et Simao Rodrigues
On désigne cet ordre comme une « compagnie » car au début ses membres se représentaient comme des compagnons
En 1541, Ignace de Loyola est élu comme le premier supérieur général de la compagnie. Selon le texte soumis par celui-ci en 1539, la compagnie de Jésus a pour devoir de servir le Christ, l’Église mais aussi le devoir d’obéissance au Pape

Absence de femmes dans la Compagnie

On raconte qu’en 1544 lorsque Paul III accorde son approbation à l’institut des Ursulines, celui-ci aurait déclaré à Ignace « je vous ai donné des sœurs »
En effet, dès le commencement se pose la question de l'admission des femmes dans la Compagnie
En 1545, à la demande de Paul III, Ignace de Loyola accepte la création d'une ramification féminine de la Compagnie
Plusieurs femmes y prononcent donc leurs vœux, puis Ignace de Loyola présente ses arguments contre cette création et obtient en 1549 une dispense du Pape qui permet de délier de leurs vœux ces quelques religieuses Une seule femme est admise dans la Compagnie, en 1555, sur la recommandation de François Borgia et avec l'accord d'une commission elle-même approuvée par Ignace de Loyola : Jeanne d'Autriche (1535-1573), princesse de Portugal (mère de Sébastien Ier, roi de Portugal), reçue sous le pseudonyme masculin de Mateo Sánchez

Les "amis dans le Seigneur"

Au cours de son cursus universitaire, Inigo de Loyola fait la rencontre dans un premier temps de Pierre Favre, François Xavier, Diego Lainez, Alfonso Salmeron, Nicolás Bobadilla et Simao Rodrigues
Ces personnes qui l’entourent constituent ce qu’il appelle « les amis dans le Seigneur »
C’est à cette époque qu’Inigo va romaniser son prénom qui va devenir Ignace
Aussitôt qu’Ignace et ses compagnons ont terminé leurs études, ils vont faire vœu pendant l’été 1534 de se rendre en Terre Sainte pour convertir les fidèles
À ce moment, Ignace a 40 ans et il veut travailler « au bien des âmes »
Il entreprend alors des études de théologie à l'université de Paris, puis rassemble peu à peu autour de lui des Amigos En El Señor (« Amis dans le Seigneur ») prêts à travailler « pour une plus grande gloire de Dieu », devise qui devait s'illustrer en latin : Ad maiorem Dei gloriam ou AMDG

Warning

Dans une campagne autour de la Compagnie, utiliser ces initiales ADMG comme fil rouge
Aussi possible de mixer avec "s.j." (Societas Iesu)

Cependant, Ignace et ses compagnons ne pourront réaliser ce projet en raison des perturbations politiques
En effet, un an plus tard, le Pape organise une croisade contre les Turcs
Le 15 août de la même année, Ignace et ses compagnons font vœu de pauvreté, de chasteté et de célibat et ils souhaitent par la suite entrer dans les ordres
Ce jour du 15 août 1534 est le premier échelon qui va conduire six ans plus tard à la création de la compagnie
Quelque temps après, trois personnes vont les rejoindre : Claude Jay, Paschase Broët et Jean Codure
Ils forment un groupe de 10 personnes qui vont être ordonnées prêtres en 1537
L’idée de fonder un ordre religieux est née en 1539, du fait que leur voyage en Terre Sainte devient impossible en raison du contexte politique
Ils vont donc réfléchir pendant les mois qui vont suivre à la construction d’un nouvel ordre
En 1539, ils rédigent le formula Vivendi qui est un document dans lequel ils expliquent le rôle de leur nouvel ordre afin d’obtenir l’approbation du Saint-Siège

Décidant de se consacrer à Dieu, de faire vœu de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, Ignace et ses neuf compagnons partent en 1537 pour l'Italie afin d'obtenir la reconnaissance de leur ordre par le Pape Paul III, qui les autorise à être ordonnés prêtres
Il leur accorde ensuite la bulle Regimini militantis ecclesiae en 1540, qui fonde officiellement la Societas Jesu (s.j.)
Le 21 juillet 1550, le pape Jules III dans sa bulle Exposcit Debitum confirme la Compagnie
La compagnie va se développer assez rapidement car dès 1556, on compte environ 1 000 jésuites dans le monde

Les débuts

Ignace souhaite que cette fraternité prenne le titre de « Compagnie de Jésus » pour rappeler en permanence l'engagement militant et sans réserve au service du Christ
Dans la bulle pontificale de fondation en 1540, on utilise cependant l'expression latine « Societas Iesu »
Le terme « jésuite » n'apparaît que plus tard, vers 1545, et n'eut jamais de caractère officiel

Lorsqu'il se réfère au groupe d’étudiants qui prononcent avec lui leurs vœux à Montmartre en 1534, Ignace de Loyola parle de ses « Amis dans le Seigneur »
Ensuite, après la fondation officielle de la Compagnie en 1540, lorsque les « Amis » commencent à circuler en Italie et ailleurs, on leur donne différents noms :

Dans une lettre de janvier 154513, Pierre Canisius écrit : « À Cologne, c’est par le terme de jésuites que les membres de la Compagnie sont généralement connus »
Le mot « jésuite » ne se retrouve pas dans les textes fondateurs de la Compagnie, et Ignace de Loyola ne l’emploie pas dans ses écrits
Pourtant, le terme se répand rapidement
Au concile de Trente, les procès-verbaux désignent déjà comme « jésuites » les membres de la Compagnie qui participent aux délibérations
En 1562, on cite Jacques Lainez en tant que Generalis Jesuitarum

Une réforme de l'Église, espérée et attendue depuis des années, est rendue plus urgente encore par les succès de la réforme protestante : c'est l'objet de la convocation du concile de Trente où les jésuites prennent une part importante, puis du mouvement de la Contre-Réforme

À ses débuts, la Compagnie s'occupe d'activités missionnaires, pastorales et intellectuelles, mais elle se tourne dès 1547 vers l'enseignement, qui devient son activité principale vers la fin du xvie siècle
Elle ouvre un collège à Rome en 1551 alors que des jésuites se trouvent déjà au Congo, au Brésil et en Angola
L'activité éducative s'étend aussi dans l'Empire ottoman, avec notamment le lycée Saint-Benoît, établi à Constantinople (Istanbul) en 1583
La Compagnie forme ainsi rapidement le premier corps enseignant de la catholicité moderne

À la mort d'Ignace de Loyola (1556), la Compagnie compte plus d'un millier de membres
En 1615, elle en regroupe 13 000 et en 1749, 22 500 dont 15 000 professeurs pour 649 collèges créés